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  • PFAS dans les casseroles : pourquoi la loi ne les interdit pas (encore)

    Hono Culina


    Vous avez remplacé votre poêle Téflon par une poêle en titane il y a quelques mois, et vous en êtes contente. Mais l'autre jour, en rangeant vos placards, vous avez regardé vos casseroles d'un autre œil : revêtement antiadhésif un peu terne, poignée en plastique noir, aucune mention sur l'emballage d'origine. Est-ce qu'elles contiennent aussi des PFAS ? Et si oui, pourquoi personne ne les a interdites, alors qu'on entend parler depuis des mois d'une loi française contre les "polluants éternels" ? La réponse est plus nuancée qu'un simple oui ou non, et elle vaut la peine d'être expliquée posément.

    PFAS, un rappel express avant d'aller plus loin

    Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plusieurs milliers de molécules synthétiques, utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. On les retrouve dans les revêtements de poêles, mais aussi dans des vêtements techniques, des emballages alimentaires ou des mousses anti-incendie. Leur point commun : une chaîne carbone-fluor extrêmement stable, qui leur vaut le surnom de "polluants éternels" — elles se dégradent très lentement dans l'environnement et s'accumulent dans l'organisme au fil d'une exposition répétée.

    L'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) recommande, par précaution, de limiter l'exposition à ces substances, sans pour autant établir de lien de cause à effet direct et certain avec une pathologie précise : c'est une logique de réduction du risque, pas un verdict médical. Nous avions détaillé les mécanismes en jeu et ce que l'on sait vraiment du titane dans un article consacré aux poêles ; ce qui suit se concentre sur les casseroles, où la question se pose dans des termes un peu différents.

    Un chiffre donne la mesure du sujet sans le dramatiser : dans son rapport de 2023, l'ANSES relevait que la quasi-totalité des personnes dont le sang a été analysé en France présentait des traces mesurables de PFAS, à des niveaux variables selon les profils. L'agence en tire une recommandation de prudence et de réduction de l'exposition au quotidien, pas un diagnostic individuel — la cuisine n'est qu'une source parmi d'autres (eau, emballages, textiles), mais c'est celle sur laquelle chacun a le plus de prise directe.

    Ce que dit vraiment la loi française en 2026

    La France a bien voté une loi visant à réduire l'exposition aux PFAS, avec une interdiction progressive dans certains textiles (vêtements imperméabilisants), cosmétiques et farts de ski à partir de 2026. C'est une avancée réelle, largement relayée dans la presse. Mais un point passe souvent sous silence : les ustensiles de cuisine — poêles, casseroles, moules — ont été explicitement exclus du périmètre de cette interdiction lors des débats parlementaires, sous la pression de représentants du secteur qui ont fait valoir l'absence d'alternative industrielle à grande échelle à un coût comparable.

    Concrètement, cela signifie qu'en 2026, un fabricant peut toujours vendre en France une casserole avec un revêtement antiadhésif contenant des PFAS, sans obligation légale de le signaler clairement sur l'emballage. Ce n'est pas illégal, mais ce n'est pas non plus un aval sanitaire explicite de la part du législateur : c'est un vide réglementaire, que plusieurs associations de consommateurs continuent de documenter et de dénoncer. Pour une acheteuse qui veut faire un choix éclairé, cela veut dire une chose simple : la responsabilité de vérifier retombe sur elle, pas sur l'étiquette.

    À l'échelle européenne, le dossier avance un peu plus vite mais reste, mi-2026, toujours à l'étude : cinq pays dont la France ont déposé auprès de l'ECHA (l'agence européenne des produits chimiques) une proposition de restriction large des PFAS, qui inclurait potentiellement les ustensiles culinaires dans un second temps. Le processus d'examen d'une telle proposition prend généralement plusieurs années entre le dépôt et une éventuelle entrée en vigueur. Autrement dit : une évolution est probable, mais rien n'indique qu'elle sera actée avant la fin de la décennie.

    Casseroles : où se cachent les PFAS (et où ils ne sont pas)

    Dans une casserole, les PFAS ne sont pas partout de la même façon. Le point de contact principal est le revêtement antiadhésif intérieur, quand il existe : c'est lui qui contient historiquement du PTFE (une famille de PFAS) ou des dérivés apparentés. Une casserole en inox brut ou en titane pur, sans couche antiadhésive rapportée, n'a structurellement pas cette source de PFAS dans la partie qui touche les aliments — c'est une différence de conception, pas une promesse marketing.

    Deux zones sont plus faciles à négliger : les poignées et les joints. Certaines poignées en plastique ou en silicone bon marché peuvent intégrer des traitements déperlants ou ignifuges à base de PFAS, notamment sur des modèles d'entrée de gamme importés sans traçabilité claire. Même chose pour certains joints de couvercle. C'est une des raisons pour lesquelles le "tout inox" ou le "tout titane" — matière homogène du fond à la poignée — simplifie beaucoup la question : moins de pièces, moins de composants à interroger un par un.

    Un profil type revient souvent dans les tests menés par des associations de consommateurs : une casserole d'entrée de gamme, vendue autour de 15 à 20 €, avec un revêtement intérieur gris terne légèrement rugueux après quelques mois d'usage, une poignée noire moulée sans marquage de matière, et aucune fiche technique détaillée sur l'emballage. Ce n'est pas une preuve de présence de PFAS à elle seule, mais c'est un faisceau d'indices — absence de traçabilité, prix très bas pour un objet censé résister à la chaleur — qui invite à la prudence plutôt qu'à l'achat réflexe.

    Comment repérer une casserole vraiment sans PFAS en pratique

    Face à un rayon ou une fiche produit, quelques réflexes suffisent à trier rapidement. D'abord, regarder la matière du corps de la casserole plutôt que la mention "antiadhésif" : inox 18/10 (parfois noté 18/8) et titane massif n'ont pas besoin de revêtement chimique pour ne pas coller si la cuisson est bien maîtrisée. Ensuite, vérifier la composition de la poignée — métal soudé ou riveté plutôt que plastique moulé d'origine inconnue. Enfin, se méfier des mentions vagues comme "traitement sécurité" ou "formule innovante" sans détail : un vrai fabricant transparent nomme sa matière, pas un adjectif.

    Il faut aussi accepter une limite : à ce jour, aucune norme française n'impose de test PFAS obligatoire ni de certification unique reconnue pour les articles culinaires grand public. Une marque qui annonce une certification PFAS spécifique doit pouvoir en produire la preuve documentée ; en l'absence de ce document, mieux vaut s'appuyer sur la composition annoncée du produit et sur des avis d'utilisateurs sur la durée, plutôt que sur un logo.

    Dans la pratique, trois questions suffisent à trancher rapidement en magasin ou sur une fiche produit en ligne : de quelle matière est fait l'intérieur de la casserole, sans qu'un adjectif marketing vienne remplacer le nom du métal ; la poignée est-elle dans la même matière ou rapportée en plastique ; et le fabricant peut-il nommer précisément son procédé, plutôt que de parler vaguement de "technologie brevetée". Une marque transparente répond à ces trois questions en une phrase, sans détour.

    Casserole en inox ou en titane : laquelle choisir selon l'usage

    Une fois le critère PFAS mis de côté, le choix entre inox et titane dépend surtout de l'usage. L'inox 18/10 est la référence pour les sauces, bouillons et cuissons longues : il chauffe de façon régulière, résiste aux chocs thermiques et passe sans souci au lave-vaisselle. Le titane, lui, est nettement plus léger à volume égal et monte en température plus rapidement, ce qui convient bien à qui cuisine souvent en petites quantités ou déplace beaucoup ses casseroles (plaques de camping, cuisine ouverte, rangement suspendu). À titre d'ordre de grandeur, une casserole de 20 cm en inox 18/10 pèse généralement entre 900 g et 1,3 kg une fois pleine de matière, contre souvent moins de 600 g pour un modèle équivalent en titane massif — un écart qui se sent nettement à l'usage quotidien, surtout pour soulever une main légère quand l'autre tient déjà un couvercle chaud. Nous avions creusé cette comparaison en détail à l'échelle des poêles dans notre comparatif titane contre inox, et les mêmes grands principes s'appliquent aux casseroles.

    Dans les deux cas, l'entretien reste simple dès qu'on connaît les bons gestes — laisser refroidir avant de passer à l'eau froide, éviter l'éponge abrasive sur l'inox poli, ne pas laisser tremper trop longtemps une casserole en titane anodisé. Nous détaillions déjà nos critères de choix pour une pièce de cuisine durable, des repères qui restent valables au moment de composer toute une batterie de cuisine plutôt qu'une seule poêle.

    Questions fréquentes

    Toutes les casseroles en inox sont-elles sans PFAS ?

    La très grande majorité oui, car l'inox brut n'a pas besoin de revêtement antiadhésif pour fonctionner. Le point à vérifier reste la poignée et les éventuels joints, rarement en inox pur sur les modèles d'entrée de gamme.

    Le revêtement antiadhésif est-il toujours à base de PFAS ?

    Non, il existe des revêtements céramiques sans PFAS. Mais historiquement, la majorité des revêtements antiadhésifs vendus en grande distribution reposent sur des dérivés du PTFE, une famille de PFAS. En cas de doute, la matière brute sans revêtement reste le repère le plus simple.

    Quand la loi française interdira-t-elle les PFAS dans les ustensiles de cuisine ?

    Aucune date n'est actée à ce jour : les ustensiles de cuisine ont été exclus du texte voté pour 2026. Des associations continuent de porter le sujet, mais il n'existe pas encore de calendrier légal spécifique pour ce secteur.

    Titane ou inox : lequel est le plus simple à entretenir au quotidien ?

    L'inox tolère mieux le lave-vaisselle et les chocs répétés ; le titane demande un peu plus d'attention à la chaleur mais reste plus léger à manier. Aucun des deux n'exige de précaution liée aux PFAS puisque ni l'un ni l'autre n'en contient dans sa version brute.

    En attendant que la loi comble ce vide réglementaire, le choix le plus simple reste de miser sur des matières qui n'ont jamais eu besoin de PFAS pour fonctionner. C'est tout l'esprit de notre casserole en titane et de notre casserole en inox : une matière unique, du fond à la poignée, sans revêtement à interroger.